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Gilles Mihalcean
du 7 mai 1985 au 25 mai 1985
Sculptures

Tu es venu du miroir comme Alice, agitant le lieu intime de nos nuits d’un incontrôlable mouvement qui allait te projeter dans l’espace et la lumière. Tu es venu d’un miroir qui exhibait notre jardin chinois, coulée toute dégarnie que ton impatience, dans cette nuit blanche, ouvrait et soulevait sous nos regards en coulisse. Nous étions si petits au balcon, seuls et tapis, à parler en aparté sans prononcer un mot pour ne pas déranger l’espoir juré - craché qui titubait dans nos yeux croisés. Nous étions si petits, accrochés à notre souffle qui seul nous guidait à la cadence de la thoracique courte nécessaire pour tirer ton existence jusqu’à notre réalité. C’était une alliance venue d’un sentiment, celui du sang, qui allait surgir de notre corps, grandirait et lierait nos destinées.

Lorsque tu as quitté le miroir pour fouler notre épiderme, c’est dans tous les coins de tous tes plis que nous cherchions à comprendre le bonheur qui nous étouffait. Ton cœur d’étranger cognait si fort à notre incrédulité, qu’il a bien fallu admettre que tu étais de la parenté. Nous serons papa et maman et dans notre sentier désormais déchiré, le reste du monde disparaît derrière nos mamelles gonflées. Tu as troqué ton néant contre un ADN incertain, une chimère au goût de banane écrasée, un voyage sur l’amertume. Ta tête, on dirait un grelot, tinte des apparences de départ que j’ose à peine toucher de peur de te voir disparaître. Nous vivons le céleste et l’absurde. Nous vivons des oreilles tendues à ton souffle, des yeux bouffis à tes veilles, mais jamais rien ne te découvre de ce sac de peau un peu trop grand. Qui es-tu, toi, si près du vide et de la mort qui nous étrangent ? Abab.

Ta ménagerie imaginaire nous maintenait à quatre pattes, convertis par ton sourire au monosyllabisme dans cet espace merveilleux où le moindre bout de bois délire et sa texture rêve et bave. C’est dans cette position que nous laissa l’autobus jaune et scolaire, étrangement seuls et stupéfaits par la mobilité de nos bras habitués à porter. Nous étions désormais si grands à côté du passage étroit qui allait nous projeter dans l’espace et la lumière, qu’il lui fallut reprendre sa tête et moi mes pieds, et nous sommes partis à la cadence su sanglot et du grand pas qu’il fallait pour venir au monde.

Tu es venu d’on ne sais où, comme cette feuille de chou que j’écris péniblement et pour laquelle je rampe et je bave, fasciné par une forme que je crois reconnaître mais que chaque fois le miroir reprend, inverse et déforme.
- Gilles Mihalcean, Avril 1985
- Communiqué de presse (Optica)