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Thomas Corriveau
du 6 septembre 1986 au 27 septembre 1986
Prénoms

Si le morcellement ou la déformation d’un corps, en art, peut résulter d’un geste amoureux, il n’en est pas toujours ainsi et le geste morceleur peut parfois cacher d’étranges desseins. Une petite histoire du corps figuré/morcelé, où il serait question d’anatomies découpées, de membres sélectionnés puis réorganisés sous une forme tantôt monstrueuse, tantôt améliorée, révèlerait qu’en certaines de ses manifestations, ce morcellement du corps repose sur de biens sombres sentiments.

Parce qu’elle présuppose toujours l’établissement de règles, la quête du corps idéal participe, elle aussi, à la mise en pièce des corps. Par cette quête, le corps rêvé devient la somme de parties étrangères. Il y a là tout à la fois délire, excès de raison et volonté de garder «l’autre» à distance. Cette mise à distance, où quête et rejet se confondent, n’est pas forcément synonyme de mépris, bien que l’ombre de ce dernier soit fréquemment présente. La pratique de l’art connaît bien cette recherche du corps idéal pour y avoir longtemps souscrit. La publicité assure aujourd’hui la relève.

Les collages récents de Thomas Corriveau sont construits à partir d’images extraites de magazines de mode. L’artiste choisit quelques photos, desquelles il ne retient que certaines parties de corps qu’il découpe selon les besoins de l’image à fabriquer. Des corps originaux, qui étaient déjà des constructions (éclairages, points de vue et maquillages soigneusement étudiés), ne subsistent que quelques membres ou parties de membres : visages, jambes, doigts, lèvres, etc. Puis l’artiste calcule, agence et bricole le tout par l’ajout de peinture et selon certaines règles de construction, dont celle de l’anamorphose.

Résultat : une surface qui à prime abord déroute (choque?) – une surface qu’un regard premier découvre (au mieux) sous l’aspect d’une représentation caricaturale ou (au pire) sous celui d’une véritable petite boucherie. Puis, graduellement, le regardeur voit apparaître l’image, le plus souvent un visage humain, qui s’inspire encore là de la photographie de mode. Le but premier de l’illusion (faire croire que…) est alors contredit : comment croire (et que croire?) lorsque la reconnaissance du mécanisme accompagne ou même précède l’émergence de la figure? La perception de cette nouvelle image exige qu’on y mette du temps et que le corps adopte un point de vue particulier. Elle impose un certain inconfort, instaure une relation difficile. Bien que leurs traits s’apparentent à la norme publicitaire, ces visages ne s’y fondent jamais totalement. Le mécanisme en cause, dès lors qu’on l’a repéré, ressurgit sans cesse. Le spectateur ne peut faire abstraction des interventions de l’artiste, qu’il s’agisse de papiers collées ou de taches de peintures. Plus rien ne semble aller de soit dans cette nouvelle image qui, sur la page d’un magazine, se donnerait sans doute à voir sans heurt ni problème.
- Pierre Landry
- Communiqué de presse (Optica)

Bibliographie
Daigneault, Gilles, « Les regards obliques de Thomas Corriveau », Le Devoir, samedi 13 septembre 1986, p. D-10.
Lepage, Jocelyne, « Corriveau, Bougie et Roy, jamais deux sans trois », La Presse, samedi 20 septembre 1986, p. F-1.
Lupien, Jocelyne, « Thomas Corriveau, Optica », Parachute, déc.-jan.-fév. 1986-1987, # 45, p. 27-28.
Payant, René, « Leçon d'Anamorphose », Spirale, #65, nov. 86, p. 16.
Vie Des Arts, décembre 1986, # 125, p. 42.