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Randy Saharuni
du 1 novembre 1986 au 22 novembre 1986
Humeur vitrée

L’image qui se fixe sur la pellicule par le biais de l’ «humeur vitrée» de la caméra est-elle plus crédible que celles qui se fixaient sur la rétine de l’étudiant Saharuni dans ses cours de physique? Question bien difficile à répondre… d’autant plus que les nouvelles expérimentations de l’artiste donnent des résultats bien paradoxaux.

L’élève Saharuni ressentait déjà avec quelque désarroi le fossé entre les certitudes de la science et certaines observations concrètes dont il était le témoin. Pour tenter de limiter son incompréhension des lois de la nature, il décide de s’interroger sur la «nature humaine». Est-ce pour ausculter l’entreprise de connaissance sous-jacente au projet scientifique et le type de perception qu’elle sous-tend? Très probablement. Toujours est-il que la série de photographies réunies ici sous le titre «Humeur vitrée» joue de certaines ressemblances avec la scientificité : grilles ou graphiques, légendes, isolement de certaines données pour l’observation, noir ambiant comme annihilation des référents contextuels; le tout renforcé par des titres comme : Technical Analysis, Descartes Dilemma, Big Bang Small Universe… Toutefois, les objets sous observations ont quelque chose de tout-à-fait parodique : balles de ping-pong, flocons de styrofoam, trappes à souris, fusée en papier, craquelins, hélice propulsée par un ballon d’air… Voilà qui fait sourire et qui intrigue.

L’enjeu des expérimentations conserverait peut-être plus de sérieux qu’il n’y paraît au premier abord cependant. Chaim Tannenbaum, s’interrogeant en 1982 sur les travaux de Saharuni, rappelait que la science du XXème siècle à requestionné les certitudes mathématiques et logiques sur lesquelles elle prenait auparavant appui; les travaux de physique quantique ayant mis en évidence jusqu’à la difficulté même de préciser ce qu’est l’objet physique. Ainsi les travaux de Heisenberg prouvent que vitesse et emplacement d’un objet ne sont déterminables que de façon inversement proportionnelle… Et il rajoutait : « It is precisely this post-Heisenbergian unclear reality which Mr. Saharuni’s photographs reveal. » Et il s’agit bien de mouvement ici : toujours, quelque chose balance, tombe ou éclate, en laissant une trainée lumineuse difficilement identifiable. Sauf quand l’objet est figé par le flash en un emplacement précis de la pellicule. Vitesse et emplacement se présentent ainsi simultanément : s’agit-il d’une démonstration paradoxale des théories d’Heisenberg? D’une simple confrontation avec les certitudes et mesures des sciences exactes? Ou ultimement d’un commentaire artistique? D’un démenti? Un peu de tout ça, certainement. Chose sûre, malgré une certaine contiguïté avec le réel, l’expérience photographique n’apparait au bout du compte pas plus probante, pas moins problématique, pour une définition du réel, que l’expérience rétinienne.

Reste cette possible évocation de l’artiste-savant, un peu à la Vinci; avec cette fois un entrechoc des expériences artistique et scientifique. On imagine ainsi avec humour l’artiste-savant, homme-orchestre, lançant d’une main la fusée de papier, appuyant sur l’obturateur de l’autre, et déclenchant ensuite le flash; tout cela après avoir agité des trappes à souris suspendues à des fils… Façon parodique d’esquisser pourtant de très fondamentales questions : l’art est-il moyen de connaissance et d’appréhension du monde? La science est-elle une expression elle aussi intuitive et hypothétique?
- Communiqué de presse (Optica)

Bibliographie
Simon, Cheryl, « One Against the Other », C Magazine, # 13, mars 87, p. 56-57.
Photo Sélection, novembre 1986, p. 61.