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Lorraine Gilbert
du 7 mars 1987 au 28 mars 1987
Nuits de Vancouver et de Montréal

Il est étrange que les photographies couleur Nuits de Vancouver et de Montréal de Lorraine Gilbert nous rappellent l’essai de Henri Cartier-Bresson sur le “moment décisif”. En effet, pour Cartier-Bresson, ce “moment décisif”, l’essence de la photographie, était contenu dans la “fraction de seconde où la reconnaissance simultanée de la signification d’un évènement et l’organisation formelle donnant à cet évènement sa juste expression se juxtaposaient”. Pour Gilbert par contre, quoique ses perceptions et sa technique photographiques puissent s’apparenter à l’œuvre de Cartier-Bresson, le moment décisif n’est pas dans l’instantané de la prise de vue, mais plutôt dans l’expérience vécue par le spectateur. Ce n’est plus alors le fruit d’une fraction de seconde mais de quelques moments bien déterminés tels que les décrit une lumière teintée, illuminant et traversant le cadre de la photo, dont l’exposition mesurée en secondes et même en minutes, illustre le passage du temps et suggère sa continuité.

Comme Cartier-Bresson, “la réflexion se fait avant l’exécution”. Gilbert choisit ses sites, des lieux ordinaires, en fonction de leur potentiel. Tout doit se retrouver simultanément dans la photo. Ce qui pouvait se réaliser advient effectivement, comme en témoignent les traces et les formes lumineuses qui serpentent un peu partout. Ainsi, la chaude lueur orange qui s’échappe d’un espace intérieur suggère une activité cachée. La personne s’approchant d’une voiture garée tournera inévitablement la clé dans le contact, allumera les phares et partira. La forme, éclairée par un lampadaire, est statique mais, parce que les voyants arrière tracent le mouvement de départ, elle semble s’animer d’une vie propre.

Jayce Sallum, pour décrire la série Jardins de ville à la tombée de la nuit (1982), suggéra que celle-ci “ressemblait à la préface d’un roman qui n’avait pas encore  été écrit”. Bob Sherrin a dit, au sujet des scènes de rue vancouveroises (Nuits blanches: Nights for day- 1983), qu’elles avaient un caractère de “décor en attente d’un drame”. Dans l’exposition présentée à Optica, ces éléments de drame et d’action, empruntés au théâtre et au roman, deviennent cinématographiques.

Les photographies de Gilbert sont un collage frénétique et désordonné de constructions humaines. Les rues sont entrecroisées avec les autobus et les poteaux, les clôtures entrent dans les murs. La lumière baigne à la fois les structures statiques de l’avant-plan et le fond lointain, désorientant le spectateur. L’objectif devient l’oeil du spectateur tentant d’assimiler, d’intégrer et de s’impliquer dans l’action photographiée.

Ce mélange de lumière naturelle et artificielle confère à ces scènes de ville, somme toute banales, une qualité de surréel. La source lumineuse principale,  imprimée en blanc, fausse la perception qu’a le spectateur de la lumière naturelle. Ce qui auparavant était naturel semble subitement teinté et quelque peu artificiel. De même, ce qui était artificiel devient étrangement vivant. Autobus fluorescents, cabines téléphoniques iridescentes, bancs illuminés de lumière halogène et enseignes néons de détachent d’un ciel trop nocturne et jaillissent de la scène dans des trajectoires extérieures et intérieures. Les humains, lorsqu’ils apparaissent, observent et semblent dépassés par leurs propres créations. Le “moment décisif” de Gilbert prend alors des allures de théâtre de l’absurde.
- Cheryl Simon/ Traduction: D. Fitzgerald
- Communiqué de presse (Optica)
1. New Canadian Photography, Image Nation 26, automne 1982
2. Vanguard, été 1983, p.35