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Jochen Gerz
du 4 avril 1987 au 25 avril 1987
Oeuvres sur papier photographique

-”Et l’avant-garde, pour toi, aujourd’hui?
- C’est un terme dont on s’est servi comme d’autres, comme tous les mots, en guise d’hypothèse. Je ne suis pas opposé à le laisser tomber à condition qu’on en laisse tomber d’autres aussi.”

On peut choisir de laisser tomber l’hypothèse “avant-garde”, la regarder se diluer, se confondre à d’autres hypothèses, concurrentes, divergentes, à condition qu’elles aient elles-mêmes reconnu leur caractère hypothétique. C’est partiellement le cas du récit et de la photographie dont use Gerz. Ce n’est pas le cas de l’industrie culturelle et de bien d’autres choses.

Sans donc pouvoir tout-à-fait laisser tomber l’hypothèse, Gerz n’en affaiblit pas moins sa prétention universaliste, son caractère militant. Avant-garde, photo et récit s’entremêlant sans vraiment aller dans le même sens, préservant leur mouvance propre tout en recherchant un même état d’ “indifférence”, la “chose” qui en résulte n’aura pas de “genre” précis photographique, littéraire, conceptuel, expressif. C’est une sorte de pulsation chaotique, une forme gestative-méditative, à rapprocher de cette chora sémiotique dont parle Kristeva: un état léthal, archaïque, de fusion, préalable à toute naissance symbolique. En deçà, plutôt qu’au-delà des divergences de genres ou de traditions, ces œuvres sont au sens le plus neutre régressif. Si elles contrastent avec l’idée d’une avant-garde perpétuellement tendue (vers le futur), elles n’en sont pas pour autant toutes relâchées (vers le passé). Elles sont plutôt distendues.

Distendues entre le texte d’une voix humaine immémoriale, murmures parfois méditatifs, et l’image de souvenirs instantanés, éclats répétitifs, photographiques, de choses vues et sans doute oubliées, on hésite entre l’appel (l’oreille) et le rappel (l’oeil). C’est le processus de la nostalgie. Il s’agit d’arrêter le temps en plein vol, de se laisser happer entre ses extrémités: l’instant/éternité, avant/après. À l’appel de la voix (en trompe-l’oeil, puisqu’il est un texte), s’oppose la calligraphie centrifuge de ces éclats photographiques, mémoire fractionnée, par lesquels le réel échappe derechef. La photographie en noir et blanc, comme l’écriture, comme l’ombre, relèvent décidément de l’abstraction. Entre les deux, entre les yeux et l’oreille, un point aveugle sur lequel le temps s’arrête, par lequel la mémoire s’active. Au vol.
-Guy Bellavance
- Communiqué de presse (Optica)

Bibliographie
Durand, Régie, Catalogue d'exposition. « Jochen Gerz; Dimanche, tous les jours dimanche », passages – Troyes (1981).
Gibson, Michael, "Vanishing Monument Against Fascism", International Herald Tribune, Sat.-Sun. January, (about J. Gerz' exhibition at the Musée des Beaux-Arts in Chartres)
Programme Goethe-Institut, Montréal. avril-mai-juin 1987.