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Pierre Boogaerts
du 11 septembre 2010 au 16 octobre 2010
Voitures bleues et ciel au-dessus de chacune d’elles (1976-1979) | Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978-79, Partie I (1978-1979)

Commissaire: Marie-Josée Lafortune

Pendant ses années de formation, Pierre Boogaerts cherche à créer une distance avec la mimésis et, bien qu’il en maîtrise les codes, il désire s’éloigner de la tradition picturale. Il se tourne alors vers la photographie, y percevant une ouverture, une démocratisation de l’image. «La photo est le seul médium qui me donne cette distance», affirme-t-il. En fait, la toile tendue prise comme signe en soi l’intéresse davantage que le geste de marquer la surface. Il y a donc chez lui le désir de travailler autrement la représentation, non seulement comme image mais pour sa matérialité. Ainsi, ce n’est pas la valeur documentaire de la photographie qui l’attire, mais plutôt la reproductibilité du médium et sa capacité d’indexer, deux éléments décisifs dans sa pratique expliquant entre autres la liberté avec laquelle il utilise l’appareil pour ses modalités techniques, comme un matériau.

Au fil d’actes, d’exercices et de promenades urbaines de Montréal à New York, Boogaerts se dote d’une approche conceptuelle singulière qui le conduit à penser l’image en fonction de l’acte photographique. Ses premières tentatives sont éloquentes; on pourrait parler d’une nouvelle subjectivité. Dans Références : plantation / jaune bananier – présentée chez OPTICA en 1975 – la juxtaposition d’un lampadaire de rue et d’un bananier produit ce qu’il nomme une «image référence». «Donner la référence jaune bananier à un objet vise à faire valoir l’impact qu’a l’image (référence) sur l’objet mais aussi sur l’environnement de cet objet», commente-t-il. Boogaerts utilise alors le terme «image synthétique» comme nouveau paradigme servant à décrire l’écart entre nature et culture, présent dans ses séries. Sur ce même thème, NewYork, N.Y. 1976-1977 – exposition en trois parties présentée conjointement chez OPTICA et à la galerie Gilles Gheerbrant en 1977 – est caractéristique de la méthode qu’il développe et qui, de concert avec la mise en exposition, «travaille» la représentation et notre relation à l’œuvre.

Par ailleurs, les écrits de l’artiste montrent qu’il s’intéresse aux questions que soulèvent l’autonomie du médium et le rapport tableau/spectateur. L’attention qu’il porte au cadrage et ce qu’il englobe ou exclut indique qu’il pense la photographie en continuation avec l’histoire de la peinture. Il est généralement admis que «le cadre détermine l’autonomie de la peinture» (Arasse) et que la perspective a transformé la vision occidentale en plaçant le spectateur comme destinataire du tableau. Pour Boogaerts, la photographie s’inscrit dans ce prolongement qui annonce la modernité.

Voilà du moins ce que nous donnent à penser les notions de perspective, de composition et d’infini des séries Voitures bleues et ciel au-dessus de chacune d’elles (1976-1979) et Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978-79, Partie I (1978-1979) constituant l’exposition actuelle. Le registre terre/ciel des deux diptyques de Voitures bleues et ciel au-dessus de chacune d’elles est illustré par la voiture d’une part, puis la trouée dans le ciel et les nuages de l’autre. Dans la partie supérieure de la première œuvre, la masse noire des édifices délimite un passage qui s’ouvre vers l’infini. Le bleu monochrome du ciel est identique à celui du véhicule de la partie inférieure, où l’ombre des édifices et le portrait de l’artiste se reflètent. Le second diptyque se perçoit davantage comme un souvenir de peinture : voiture et nuages captent les variations atmosphériques du paysage, dont l’un est émetteur (le ciel) et l’autre miroir (la surface écran), dans un effet de rabattement.

Cette série est indépendante des Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978-79, Partie I, qui désignent plutôt des abstractions géométriques, certains critiques de l’époque y décelant même une parenté avec les œuvres constructivistes. Notre regard est pourtant dirigé vers le ciel, où des cimes d’édifices surgissent des coins de l’image, correspondant à l’intersection des rues et aux limites du cadre, soit à ce qui apparaît dans le viseur de l’appareil. Cette fois, l’artiste y isole un détail et le répète sous forme séquentielle : la pyramide, symbole de civilisation, apparaît dans chaque photographie et oriente le sens attribué à l’image, comme le «jaune bananier» des premières œuvres. Boogaerts insiste pour dire que le signe de la pyramide (référence) se trouvait partout dans New York, de même que dans l’actualité – notons l’exposition Toutankhamon et l’amorce des pourparlers de paix au Proche-Orient.

Ce dernier corpus est significatif d’une période très active pour l’artiste, qui n’a cessé de questionner l’image et l’objectivité de l’appareil. Pour lui, ce regard dirigé vers l’extérieur (œil/objectif) façonne notre rapport au monde. Le dilemme qui l’anime et qui le conduira à interrompre sa pratique est manifeste lorsqu’il écrit «photographier, c’est [...] accepter de se conformer au point de vue de la machine. C’est accepter que notre regard soit cadré par celui de la caméra afin qu’il corresponde à celui de la société.»1
- Marie-Josée Lafortune

1. Pierre Boogaerts, «Perspective, photographie et encadrement», Parachute, no 30, mars-avril-mai 1983, p.39.

Les œuvres en exposition proviennent de la Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen de l’Université Concordia. Je tiens à remercier Pierre Boogaerts de son appui, de même que Mélanie Rainville, conservatrice Max Stern, pour sa précieuse collaboration et Michèle Thériault, directrice de la galerie, pour le prêt des oeuvres.

Oeuvres en galerie

Extrait de la série Voitures bleues et ciel au-dessus de chacune d’elles, 1976-1979
Diptyque, 1979
Épreuve à développement chromogène montée sur panneau de fibres
Dimensions : 51 x 61cm
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia

Extrait de la série Voitures bleues et ciel au-dessus de chacune d’elles, 1976-1979
Diptyque, 1979
Épreuve à développement chromogène montée sur panneau de fibres
Dimensions:51 x 61cm
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia

Coin de Madison Ave et 49 th St., N.Y. – 12 décembre 1978, 1978
Extrait de la série Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978/79, Partie 1, 1978-1979
Épreuve à développement chromogène montée sur panneau de fibres
Dimensions: 51 x 61cm
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia

Coin de Broadway et 37th St., N.Y. – 12 décembre 1978, 1978
Extrait de la série Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978/79, Partie 1, 1978-1979
Épreuve à développement chromogène montée sur panneau de fibres
Dimensions: 51 x 61cm
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia

Coin de Lexington Ave et 49 th St., N.Y. – 16 janvier 1979, 1979
Extrait de la série Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978/79, Partie 1, 1978-1979
Épreuve à développement chromogène montée sur panneau de fibres
Dimensions: 51 x 61cm
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia

Coin de 5th Ave et 50 th St., N.Y. – 18 janvier 1979,1979
Extrait de la série Coins de rues (Pyramides) N.Y. 1978/79, Partie 1, 1978-1979
Épreuve à développement chromogène montée sur panneau de fibres
Dimensions: 51 x 61cm
Collection de la Galerie Leonard & Bina Ellen, Université Concordia

Dans le cadre de la 14e édition des Journées de la culture, Optica vous propose une visite commentée en galerie. L'entrée est gratuite. C'est un rendez-vous!
Journées de la culture


Né à Bruxelles en 1946, Pierre Boogaerts vit à Montréal depuis 1974. Il expose au Canada, aux États-Unis et en Europe. Dans les années quatre-vingt-dix, il cesse toute activité artistique et fait don de son œuvre au Musée canadien de la photographie contemporaine, à Ottawa. En 1998, il fonde le Centre Pierre Boogaerts, entièrement dédié à l’enseignement de l’Art du Chi selon la méthode Stévanovitch.