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John Marriott
du 12 mars 2011 au 16 avril 2011
The sum of some

Présent sur la scène artistique torontoise depuis les années 1990, John Marriott privilégie une démarche post-conceptuelle qui donne libre cours à des messages et à des tons divers, voire divergents. La courte entrevue qui suit vise à mieux comprendre sa pratique et ses influences, tout en introduisant le dispositif en galerie.

En conversation avec John Marriott

Marie-Josée Lafortune : Cette première exposition solo à Montréal réunit un important corpus d’œuvres réalisées entre 1995 et 2011. Certaines font songer à l’éclectisme des années 1980, où les notions d’impureté et d’hybridité ont introduit une distance critique par rapport au modernisme. Est-ce que cette décennie a eu une influence sur votre perception de l’art?

John Marriott : Cette esthétique a certainement laissé sa marque à l’époque. Je me souviens d’avoir eu l’impression qu’il manquait un «isme» dominant ou un grand récit, vide qui a finalement été comblé par le déconstructionnisme. La prédilection pour les matériaux «non artistiques» dans les années 1980 a côtoyé le post-structuralisme, la psychanalyse, la critique institutionnelle et l’appropriation; ce sont ces impératifs théoriques qui m’ont incité à créer des œuvres en réaction aux orthodoxies courantes. Ce n’est toutefois pas cela qui explique pourquoi je suis attiré par des matériaux et des sources dont les empreintes culturelles vont au-delà du milieu de l’art : leurs présences offrent une valeur sociologique et anthropologique qui chevauche les frontières que nous imaginons entre l’art et la vie.

MJL : La diversité des médiums et des supports présentés en galerie est étonnante. Pouvez-vous commenter votre usage de l’appropriation et de la citation?

JM : Je caractérise ma méthode en disant que j’incorpore plutôt que je m’approprie. Je travaille avec des objets identifiables parce qu’ils emmènent avec eux des traces du monde dont je me sers. Si j’incorpore des objets qui sont reconnaissables ou iconiques, je les positionne en tant que référents et déclencheurs; je m’intéresse à évoquer et à manipuler des associations.

MJL : Vous mettez l’emphase sur les objets exposés – qui rappellent souvent les ready-mades assistés – par le biais de plateformes et de socles. Les modalités d’exposition ont-elles une place particulière dans votre pratique?

JM : Les mécanismes de la mise en scène et de la conscience m’intéressent; j’explore ces dynamiques et j’apprécie la gravité de la production culturelle. Je veux être transporté et je veux que mon art offre des couches d’expérience, incluant la conscience de soi mais ne s’y limitant pas. Je ne considère pas mes œuvres, cependant, comme étant des ready-mades. Bien que je reconnaisse cet héritage dans certains de mes travaux, je ne désire pas annuler la portée des objets en-dehors de l’art, je veux travailler dans ces tonalités.

MJL : «White Diffuser» (2006-2010) est installé à l’accueil, en suspension entre l’espace d’exposition et le lieu de travail du personnel. Déjà en 1996, vous exposiez au Power Plant des photographies du bureau du conservateur, révélant ce qui est habituellement caché au public. Doit-on voir dans cette stratégie une critique récurrente des conventions et des habitudes perceptuelles?

JM : La désorientation est aussi révélatrice, à mon avis, que la conscience critique. Je préfère l’art qui donne un frisson dans le cou à une déclaration, donc mes travaux testent les limites des conventions et des habitudes. Les photos du bureau du conservateur, le bureau en tant que tel et le portemanteau vide, étaient une manière de dramatiser l’édifice de l’administration esthétique, tout en faisant allusion à des enchevêtrements. Des idées semblables traversent «Critical Tragedy» (1996), où un conférencier disparaît par combustion spontanée juste avant son discours, ou «Smile Door» (1999) où, pour entrer dans la galerie, on devait passer par une grande bouche souriante munie de grosses dents.

MJL : Sans proposer une rétrospective, vous (ré)actualisez des œuvres plus anciennes en proposant un parcours adapté à l’espace de la galerie, dont vous détournez la fonctionnalité. Vous agissez ici comme artiste et commissaire; comment percevez-vous ce double rôle? Est-ce une forme de mise en abyme supplémentaire?

JM : Cette invitation à articuler une quasi-rétrospective de mon travail a été un défi que j’ai apprécié. Je ne me suis pas intéressé à présenter une thèse, mais certains des intérêts qui ont refait surface au cours du temps. C’est un défi de choisir quelles œuvres inclure et de déterminer l’espace à donner à chacune d’elles pour qu’elles respirent tout en suggérant une conversation ou une sensibilité collective. Est-ce une «mise en abyme»? Peut-être, mais c’est aussi un alliage d’œuvres qui ultimement ont leurs propres déterminations.


L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts de l'Ontario, Patricia Steckley, Jerry Drozdowski, Randall Sherwood, l’atelier Clark, Marc Dulude et l’équipe d’OPTICA.


John Marriott fait l'objet d'un nouvel article de R.M. Vaughan, John Marriott mashes cultural tropes in Montreal (The Globe and Mail, 4 mars 2011). Ce texte est repris et majoré sur le site officiel de Bryon Gysin, dont l'oeuvre Dreamachine (1960) a inspiré Dream a little dream (2009) de Marriott, présentée chez OPTICA.

«The sum of some» est brièvement mentionnée et recommandée dans la section «A national and international roundup of the season's best exhibitions / Agenda Quebec» de l'actuel Canadian Art (printemps 2011, p. 29.).

John Marriott est artiste multidisciplinaire et auteur; il vit et travaille à Toronto. Outre sa participation à de nombreuses expositions en sols canadien, américain et européen, il a pris part à de multiples festivals de vidéo et performance à l’international. Il a déjà organisé des expositions et agi comme commissaire par le passé.