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Galerie 1
Commissaire/Curator : Didier Morelli ; artistes : Elizabeth Chitty, Marie Décary,
Johanna Householder, Kamissa Ma Koïta, Francine Larivée, Lise Nantel, Bé van der Heide
du 16 janvier 2026 au 13 juin 2026
Street Actions : Women Performing in Montréal and Toronto, 1970-1980 [Actions de rue : femmes en performance à Montréal et à Toronto]
Quand l’artiste Rita Letendre est interviewée sur les ondes de Radio-Canada à propos de sa pratique muraliste, ayant alors réalisé des œuvres monumentales en Californie (Sun Rise, 1965) et à Toronto (Sunrise, 1971), ce sont ses actions dans la rue plutôt que ses œuvres qui se retrouvent au cœur de la conversation
Letendre : Pour une œuvre murale à l’extérieur, comme celle que j’ai réalisée en Californie en ‘65 – celle-là, je l’ai fait moi-même. Elle mesurait vingt-et-un pieds par vingt-quatre ; je pouvais garder le contrôle. L’autre a été réalisée par des hommes qui l’ont traduite, parce qu’elle faisait soixante pieds par soixante à deux cents pieds au-dessus du sol […].
Andréanne Lafond : L’échafaudage pour une femme, wow, vous avez dû grimper vingt-et-un pieds ; vous l’avez fait vous-même ?
On ne s’attendait pas, semble-t-il, à ce que Letendre exécute des actions physiques en-dehors des normes établies par la société.
Street Actions: Women Performing in Montréal and Toronto (1970-1980) [Actions de rue : femmes en performance à Montréal et à Toronto] pose un regard sur la manière dont les femmes, dans les années 1970, ont revendiqué la ville dans une variété de performances ou de gestes et d’actions marqués par la performance. En résistance au fonctionnalisme urbain et à l’argumentaire des espaces publics et privés basé sur les sexes, elles ont imaginé d’autres façons d’être à Montréal et à Toronto. Aux deux extrémités du spectre culturel, divisées par la langue mais unies par des causes communes, ces artistes ont soit donné forme à la deuxième vague du discours et de l’activisme féministes, soit elles ont avancé de manière parallèle en posant des gestes d’affirmation.
Au sommet du mouvement de libération des femmes au Canada, Actions de rue explore comment des enjeux comme la représentation, les droits de reproduction, la violence basée sur le sexe et l’environnementalisme ont été amplifiés par ces artistes, de manière performative, par leur positionnement en marge de la ville – fragments d’un pavillon construit pour exposer la condition des femmes, performances ancrées dans le mouvement, bannières colorées portées lors de manifestations féministes dans la rue ou pieds-oreillers ludiques ajoutés à une œuvre d’art public. Toutes disciplines confondues, ces femmes artistes ont produit un vocabulaire cinesthésique qui s’écartait des codes sociaux, qui instaurait des modes de production artistique, des modèles fonctionnels pour penser la ville et des identités spatiales genrées.
La présente exposition propose les œuvres originales de sept artistes, leur documentation et leurs archives, ce qui représente un fragment d’un plus vaste projet de recherche en cours qui comprend plusieurs autres artistes. Elle s’appuie également sur du matériel de soutien visuel provenant de regroupements féministes et de mouvements de libération des femmes, tel qu’articulé dans divers pamphlets, journaux et le plus vaste écosystème des médias qui ont saisi l’action de femmes en train de défier les normes sociétales avec leurs corps. De plus, l’exposition attire l’attention sur la diffamation dont les femmes ont fait l’objet dans des caricatures, des journaux et d’autres sources.
La reconstitution par Kamissa Ma Koïta d’une image iconique documentant la fondation de La Centrale galerie Powerhouse, un centre d’artistes féministes majeur créé au milieu des années 1970, vise à élargir cette archive et à la relier au moment présent. Pour la plupart blanches, les femmes qui se sont exposées en public dans Street Actions ne sont pas un reflet de l’importante présence de femmes noires, autochtones et non blanches ayant contribué à façonner les mouvements de protestation dans les années 1960 et 1970. Intentionnellement anachronique et travaillant également à l’intérieur même de ces héritages, Koïta nous rappelle que les artistes continuent à se servir de la rue comme espace politique pour aborder des enjeux d’agentivité, de droits et de représentation, produisant une friction avec l’architecture des villes qui les contient.
Didier Morelli tient à remercier les artistes qui ont rendu possible Street Actions, de même que les nombreuses institutions qui ont apporté leur contribution en prêtant des œuvres, des documents et d’autre matériel d’exposition. Ce projet a reçu l’aide du Fonds de recherche du Québec (FRQSC), des Presses de l’Université Concordia et du Centre Canadien d’Architecture (CCA). Un soutien matériel a également été offert par la Galerie d’art Leonard & Bina Ellen et le CCA.
OPTICA remercie Rian Adamian, Gregory Prescott et Natacha Chamko de l’Atelier Clark pour la réalisation des plateformes dans l’exposition.
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